Vendredi 22 décembre 2006 5 22 /12 /2006 06:56

 

 

Climat. Les bons de compensation d'émission de carbone entrent dans les moeurs.

Par Anne-Françoise HIVERT

QUOTIDIEN : vendredi 22 décembre 2006

Stockholm de notre correspondante

En manque d'inspiration à la veille de Noël ? Offrez donc une tonne de dioxyde de carbone. Ou plutôt, un permis d'émission équivalent à une tonne de CO2. Un cadeau écolo et plutôt bon marché. Très tendance en Suède, cet hiver. L'organisation suédoise de protection de la nature (SNF) dit en avoir déjà vendu plus de 3 000 en décembre, autant que sur les onze premiers mois de l'année. Les clients vont des particuliers aux entreprises, tous inquiétés par le réchauffement de la planète.

Trois sites français pour compenser les rejets

http://www.liberation.fr/actualite/terre/224822.FR.php

SNF s'approvisionne sur le marché des quotas d'émission. Les entreprises, qui détiennent ces quotas, peuvent y revendre leur surplus au détail. En général, les acheteurs sont des compagnies ayant dépassé leurs propres quotas. Une tonne de CO2 y coûte actuellement moins de 8 euros. Mais l'organisation suédoise de protection de la nature, qui paie un droit d'entrée sur le marché, facture ses clients 38 euros. Un tarif qui couvre l'achat du permis, les frais d'administration et une contribution au budget de SNF. En échange, le client reçoit un certificat.

Mauvaise conscience.  «Il s'agit d'utiliser les mécanismes du marché à notre disposition, note Svante Axelsson, secrétaire général de SNF. Plus nous achetons de réduction pour les "enterrer", plus nous évitons le rejet de CO2 dans l'atmosphère.» Si la demande augmente, les prix devraient en faire autant. Une façon d'inciter les grosses entreprises à réduire leurs émissions. Inspirée, l'une des plus grandes sociétés nordiques de courtage énergétique vient de décider, elle aussi, de proposer ses services aux particuliers. «Nous n'avons fait aucune publicité, mais l'intérêt est énorme», affirme un gestionnaire de portefeuille chez Svensk Kraftmäkling.

Les collègues de Pererik Aberg ont été séduits. Le présentateur de la météo sur la télévision publique avait prévu un voyage de noces à Tuvalu, au coeur de l'océan Pacifique, en octobre. «Ma femme et moi sommes très concernés par l'environnement, raconte-t-il. Nous avions donc mauvaise conscience de voyager aussi loin. Surtout que Tuvalu, au ras des vagues, est un endroit qui va être très affecté par les changements climatiques.» Ses collègues ont résolu le problème. Ils ont offert aux jeunes mariés une réduction d'émission équivalant à 7 tonnes de CO2. De quoi couvrir le trajet en avion du couple jusqu'à Fidji.

«Neutres».   De son côté, l'entreprise TallOil, qui fabrique des biocarburants, a décidé de faire cadeau d'une réduction d'émission à chacun de ses employés et de ses gros clients pour Noël. Elle a donc acheté l'équivalent de 250 tonnes de CO2 auprès de SNF. «C'est plus que symbolique, car c'est l'un des seuls instruments dont nous disposons aujourd'hui pour réduire directement les émissions de gaz à effet de serre en Europe», explique Tomas Kåberger, directeur du développement chez TallOil. Autre initiative : le géant pétrolier Statoil propose aux automobilistes de devenir «climatiquement neutres». Via le site web de la compagnie, les Suédois peuvent acheter depuis début décembre une réduction couvrant leurs émissions, en fonction du nombre de kilomètres parcourus.

Mais «acheter des permis ne doit pas être juste une façon de se donner bonne conscience, souligne Svante Axelsson. Il faut absolument que les gens modifient leurs comportements en parallèle.» Un Suédois émet en moyenne 6 tonnes de CO2 par an, 2 de plus que la moyenne mondiale.

Par Vivi - Publié dans : Des petites solutions
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